c
a
d
r
a
t






  Entrée  
   Études    
    Représentation  
     Balisage  
 
+  Des ressources en corpus, isotopies et programmes
+  Des articles d’ études sur le traitement automatique de la langue
+  Les pages du site pour des recherches, informations, résumés...

     une disposition graphique sur la longueur des phrases, et extension du principe aux mots-outils   
Le rythme de la phrase pour quelques oeuvres d’Antoine de Saint Exupéry. Les graphiques suivants sur la longueur des phrases dévoilent le rythme d’une lecture et illustrent une approche de la structuration du texte.


 0.1.  résumé

L'étude suivante s'efforce d'éclairer la question d'une eurythmie de la longueur des phrases. Si elle est manifeste dans la poésie, codifiée, il n'est pas impossible qu'elle dessine son architecture dans la prose. Phrases de Proust ou de Flaubert, du théâtre, un auteur sensible à une rythmique au delà des mots a bien dû laisser des indices saillants de son souffle.

L'étude évoque ainsi l'écriture de Saint Exupéry et permet de mettre en valeur un type de diagramme issu des tableurs, aux fins d'une stratégie d'ingénierie linguistique.

Le premier texte, Hamlet, montre le principe de repérage sur un simple effet de variation. Un second, Terre des hommes, sur une constante, est une piste suggérant la possibilité d'un effet rythmique. Pilote de guerre développe le constat précédent sur cinq autres mouvements et laisse penser qu'il s'agit d'un procédé. Un dernier texte, Le Petit Prince, abandonne l'idée d'un rythme et pointe un autre usage, sur les mots-outils, pour amener le graphique et la méthode vers d'autres applications.


 .0.2  abstract

This study tries to throw light on the problem of a eurhythmy based upon the length of the sentences. What makes evidence in poetry, because it represents a code, moreover, it might develop its architecture in prose. Just as sentences from Proust or Flaubert, or even in theatre, a writer who should have been sensitive to a rhythmical, going beyond the words, should have suggested significant clues from his inspiration.

The study examines Saint Exupéry's writings and permits to emphasize on a particular kind of diagram stemming from spreadsheets, in order to set up a linguistic engineering strategy.

The first excerpt, Hamlet, shows the flagging principle by a simple variation effect. The second, Wind, Sand and Stars based on a constant, is a lead which evocates the eventuality of a rhythmical effect. Flight to Arras is developing the former statement about five other motions and gives implications that we deal with a device. The last text, The Little Prince, leaves the idea of a rhythm and aims on other use, on link word, to bring the graphic and the method on way of other applications.


 0.3.  mots-clefs

Saint Exupéry, Pilote de guerre, Terre des hommes, Le Petit Prince, Shakespeare, Hamlet, topologie, disposition graphique, longueur des phrases, eurythmie, mot-outil.


 .1.  introduction

Beaucoup d'articles traitant d'ingénierie linguistique accompagnent leur démonstration d'une dimension graphique. Synoptique et soutien, mais aussi prolongement et réalisation, le texte recèle toutes sortes de décors latents que les chiffres et les dispositions sont à même de matérialiser. Poser cette dimension comme préalable contribue à bâtir un environnement où s'intègrent aisément des disciplines connexes à la linguistique. Parmi elles, la pédagogie, en discutant avec couleurs et formes du fonctionnement d'un écrit, ou bien le dialogue homme machine, d'où l'interactivité naît du règne des icones et des possibilités combinatoires.

Le choix des textes destinés à notre illustration, s'ils se prêtent manifestement à la problématique, est, comme souvent dans ce type d'étude, conjoncturel, devenant à la fois un prétexte à leur compréhension et le support d'une stratégie qui ne les concerne plus. Notre discours ramène à la littérature, se permet des hypothèses sur l'écriture, une terminologie de circonstance, et traduit une vision d’une discipline constamment alimentée par les mots, toujours tiraillée par les chiffres, qui ne rechignerait peut-être pas à plus de limpidité.

Dans l'optique de cette simplicité, le nombre de caractères d'une phrase constitue une donnée chiffrée et un élément de l’écrit. Cette mise en scène passe par un langage de programmation rudimentaire, le tableur, et un constituant grammatical élémentaire, la ponctuation.


 .2.  changement de sujet dans les tirades d’Hamlet

Dans l'oeuvre de Shakespeare, les 23 premières répliques ne comportent pour beaucoup qu'une quinzaine de caractères. Elles sont dites par les relèves de soldats qui se souhaitent la bienvenue en de banals échanges. La plus longue de ce groupe, la 11e, varie selon la traduction entre 82 (François Maguin, 1995) et 113 (François-Victor Hugo, 1873), c'est cette dernière qui est utilisée pour dessiner le tableau ci-dessous. Telle ou telle traduction n'influe pas sur les considérations suivantes, de même, le texte original aurait pu servir de support.

Lorsqu'apparaît le premier développement sur « l'apparition  », le fantôme du roi assassiné, brièvement évoquée deux répliques auparavant sous le nom de « la chose », ou « l'être », le passage compte alors 334 caractères. Nous passons de la surveillance nocturne à l'évocation explicite du spectre. Le changement de sujet, modification d'une situation générale à une particulière, s'accompagne d'une augmentation nette de la longueur du texte d'un personnage.

Ce changement se caractérise par un basculement du discours de l'ordinaire, registre courant, vers un discours d'exposition, et nécessitant une séquence plus longue. L'augmentation du nombre de caractères se manifeste sur le graphique par un écart significatif. L'on peut donc dire qu'à un écart de longueur des phrases peut correspondre un indice d’une modification à un autre niveau, pour notre objet, de thématique et de registre.


graphique à bulles dans Hamlet
    A. Graphique sur la longueur des phrases dans Hamlet    

Réplique
Personnage
Énoncé en français
Énoncé en anglais
11e
Barnardo
Eh bien, bonne nuit.
Si tu vois Horatio et Marcellus,
Mes compagnons de guet, dis-leur de se presser.
Well, good night.
If you do meet Horatio and Marcellus,
The rivals of my watch, bid them make haste.
22e
Marcellus Eh bien, la chose est-elle apparue à nouveau cette nuit ?
What, has this thing appear'd again tonight ?
23e
Barnardo Je n'ai rien vu. I have seen nothing.
24e
Marcellus Horatio dit que c'est pure imagination
Et se refuse obstinément à croire
A l'horrible vision deux fois vue de nous.
C'est pourquoi je l'ai invité à venir
Veiller avec nous chaque minute de cette nuit,
De sorte que si l'apparition revient
Il puisse attester que nos yeux voient, et lui parler.
Horatio says 'tis but our fantasy,
And will not let belief take hold of him
Touching this dreaded sight, twice seen of us.
Therefore I have entreated him along
With us to watch the minutes of this night
That if again this apparition come,
He may approve our eyes and speak to it.
     B. Tableau des dialogues dans Hamlet     



 .3.  continuité du discours dans les évocations de Terre des Hommes

Le second passage étudié est le début de Terre des hommes. L'auteur se remémore ses premiers pas dans l'aéropostale, sa vision quasi-mythique des personnages, ses rencontres avec le pilote Alexandre Bury et le directeur Didier Daurat.

Une bulle en blanc tout en bas du tableau représente un saut à la ligne et deux juxtaposées, grises, une ligne complète. Les bulles noires séparent le prologue de la première partie.

À la fin du travail d'affichage du tableau à bulle, nous obtenons une représentation qu'il va falloir interpréter en observant les décalages et les constances.

L'on peut constater une structure récurrente : au-dessus des bulles grisées se trouvent deux bulles à même hauteur. Ces juxtapositions ont été entourées, elles révèlent une constante au niveau du texte entre fin de paragraphe et début du suivant.

Dans les trois cas apparaît une différence grammaticale troisième personne / première personne. Pour le premier, l'énoncé de fin de paragraphe évoque l'ensemble des pilotes puis au début du suivant, Bury en particulier ; dans le second, Bury est à nouveau le thème, « il », puis Saint Exupéry, « je » ; enfin, les montagnards toisant le ciel, « ils », puis à nouveau Saint Exupéry, « je ». La transition entre les diverses expériences, plurielles et individuelles, celle d'un personnage et celle du héros qui s'y identifie, s'accompagne, de par le critère d'un comptage des mots, d'un phénomène d'égalité.

Si l'on sait que Saint Exupéry accordait une importance majeure à la rythmique dans l'écriture, un de ses rares enregistrements lors d'une diction de Terre des hommes en témoigne ou plus sûrement sa prose traditionnellement qualifiée de poétique, il ne s'impose pas que le fait soit intentionnel, ni que la narration trouve son intérêt en offrant la potentialité de ce rapport entre style et sens. La qualifier de procédé est ambitieux dans la mesure où cette correspondance demeurerait isolée. Et elle ne semble pas se prolonger dans le récit, mais, constance numérique, constance grammaticale, analogies de sens, ces indices invitent à poursuivre l'investigation.


graphique à bulles pour Terre des hommes
     C. Graphique sur la longueur des phrases dans Terre des hommes     

Des dragons noirs défendaient l'entrée des vallées, des gerbes d'éclairs couronnaient les crêtes. Ces anciens entretenaient avec science notre respect. Mais de temps à autre, respectable pour l'éternité, l'un d'eux ne rentrait pas. 20 mots, 21 syllabes.

Je me souviens ainsi d'un retour de Bury, qui se tua depuis dans les Corbières. 18 mots, 22 syllabes Ce vieux pilote venait de s'asseoir au milieu de nous, et mangeait lourdement sans rien dire, les épaules encore écrasées par l'effort. C'était au soir de l'un de ces mauvais jours où, d'un bout à l'autre de la ligne, le ciel est pourri, où toutes les montagnes semblent au pilote rouler dans la crasse comme ces canons aux amarres rompues qui labouraient le pont des voiliers d'autrefois.  
Mais dans la grisaille du restaurant, parmi les petits fonctionnaires qui réparent ici les humbles fatigues du jour, ce camarade aux lourdes épaules me parut d'une étrange noblesse ; il laissait, sous sa rude écorce, percer l'ange qui avait vaincu le dragon. 17 mots, 21 syllabes

Vint enfin le soir où je fus appelé à mon tour dans le bureau du directeur. 17 mots, 22 syllabes Il me dit simplement :
- Vous partirez demain.
Et je devinais déjà qu'un spectacle n'a point de sens, sinon à travers une culture, une civilisation, un métier. Les montagnards connaissaient aussi les mers de nuages. Ils n'y découvraient cependant pas ce rideau fabuleux. 12 mots, 15 syllabes

Quand je sortis de ce bureau, j'éprouvai un orgueil puéril. 13 mots, 17 syllabes J'allais être à mon tour, dès l'aube, responsable d'une charge de passagers, responsable du courrier d'Afrique. Mais j'éprouvais aussi une grande humilité.
      D. Tableau des paragraphes de Terre des hommes     

 .4.  autres figures dans Pilote de guerre

Dans Pilote de guerre, publié trois ans après l’œuvre abordée au paragraphe précédent, se dégage une tendance aux phrases courtes. Elles décrivent les longs mois depuis la déclaration de guerre jusqu’en mai 40 lors de l’offensive allemande, où le capitaine d’aviation contemple le gigantesque exode civil, et puise sa foi aux souvenirs d’enfance, d’une nounou et d’un jeune frère. Au début du récit, la plus longue ne comporte que 21 mots (118 caractères) : « J'éprouve du plaisir à goûter ce soleil, comme à savourer cette odeur enfantine de pupitre, de craie, de tableau noir. » En un second temps que les 57 premières phrases n'apparaissent pas dans la plage de caractère comprise entre 70 et 85. Celles au-dessus de ce vide possèdent pour leur majorité une longueur comprise entre 85 et 100 et se manifestent à un intervalle plus ou moins régulier. Il apparaît encore difficile de juger d’une structure d'ensemble. Observons des procédés plus circonscrits.


graphique à bulle pour Pilote de guerre
     E. Graphique sur la longueur des phrases dans Pilote de guerre    


 .4.1  constance : les trois bulles rouges

Les trois premières bulles conservent la même hauteur, pour respectivement 19, 19 et 16 caractères. Elles posent les invariants de base d'un décor : personne puis lieu puis époque.

Le lien entre chacun se caractérise par une construction semblable « je, je, je » et une longueur à peu près identique. Enfin, la perception onirique suppose un trouble, rendu par la brièveté. L'entrée dans le présent d'énonciation, phrase quatre, coïncide avec une modification de la longueur, caractérisée par des précisions sur l’atmosphère.

L'homogénéité initiale peut être le signe d'un ensemble contenant la situation du récit, en attendant la rupture où débute celui-ci.


1
2
3
4
5
Sans doute je rêve. Je suis au collège. J'ai quinze ans. Je résous avec patience mon problème de géométrie. Accoudé sur ce bureau noir, je me sers sagement du compas, de la règle, du rapporteur.
caractères 19
19
16
50
86
 F. Tableau sur la disposition en continuité des phrases pour Pilote de guerre 


 .4.2  déclin : les trois bulles orange

Les phrases en place 20, 21 et 22 évoluent sur un écart d'à peu près 5 caractères en moins.

La rythmique du rétrécissement et l'idée de lourdeur, explicite, ne sont pas sans s'épauler pour converger vers celle de l'inéluctable et de l'adversité.


19
20
21
22
23
Où l'on franchit, avec un serrement de cœur, un certain porche, au-delà duquel, d'emblée, on est un homme. Alors le pas pèse plus lourd sur la terre. On fait déjà son chemin dans la vie. Les premiers pas de son chemin. On essaiera enfin ses armes sur de véritables adversaires.
 
caractères 42
36
31
 
   
écart de 6 caractères
 
écart de 5 caractères
   
 
mots 10
9
7
 
 
syllabes 11
10
7
 
 G. Tableau sur la disposition en déclin des phrases pour Pilote de guerre   

 .4.3  accroissement : les six bulles bleu foncé

Une disposition en escalier est visible pour les phrases 25 à 30. Les bulles permettent d'observer cette progression en alternance conservant un écart remarquable d'à peu près 55 caractères. Du départ à 17 caractères la phrase parvient par à-coups et constance à s'élever jusqu'à 99, pour retomber dans les phrases courtes, places 31 et 32. Si l'effet de rupture est manifeste, la progression était moins saillante. La transition est elle aussi limpide, nous basculons de la focalisation interne, du flux de la pensée, à une focalisation externe, sorte de neutralité du décor. Le procédé peut accompagner la narration visant à rendre l'atmosphère d'une caserne d'aviateurs, durant la drôle de guerre, au prise avec l'imminence des missions et l'éphémère d'une existence, une tension qui enfle puis une réalité crue.


25
26
27
28
29
30
31
32
Finis, les jeux ! Je sais que d'ordinaire un collégien ne craint pas d'affronter la vie. Un collégien piétine d'impatience. Les tourments, les dangers, les amertumes d'une vie d'homme n'intimident pas un collégien. Mais voici que je suis un drôle de collégien.
Je suis un collégien qui connaît son bonheur, et qui n'est pas tellement pressé d'affronter la vie.
Dutertre passe. Je l'invite.
caractères 17
70
34
90
45
99
15
12
écart de 53
écart de 56
écart de 54
   
 H. Tableau sur la disposition en chute et rupture des phrases pour Pilote de guerre 


 .4.4  chute : les cinq bulles bleu clair

La trente-sixième est une progression, mais plutôt que d'effet de chute nous pourrions observer une simple alternance phrase longue/courte et parler de simple rupture, d'autant que les phrases 34 à 38 forment un paragraphe plaçant la 36 au centre, en focal.


33
34
35
36
37
38
Assieds-toi là, je vais te faire un tour de cartes… - Et je suis heureux de lui trouver son as de pique. En face de moi, sur un bureau noir comme le mien, Dutertre est assis, les jambes pendantes. Il rit. Je souris avec modestie. Pénicot nous rejoint et pose son bras sur mon épaule :
caractères 53
50
91
7
24
54
 I. Tableau sur la disposition en chute des phrases pour Pilote de guerre  


 .4.5  superposition : les treize bulles vertes

Trois nuages de bulles dessinent entre les places 41 et 56 une cadence à trois temps. Elles se situent respectivement autour de 25, 50 et 90 caractères. Les places 41 à 54 forment un paragraphe. Il contient le motif de l'adolescent engagé dans les responsabilités de sa vie. Si le paragraphe répond à une harmonie certaine, l'interprétation est délicate. Il semble apparaître trois périodes de vie, deux brèves, celle de la fin du collège, celle d'une journée dans la caserne, et une autre, intermédiaire, l'espace de vie entre chacune.


42
43
44
45
46
47
48
49
Un surveillant (est- ce un surveillant ? ) ouvre la porte pour convoquer deux camarades. Ils lâchent leur règle, leur compas, se lèvent et sortent. Nous les suivons des yeux. Le collège est fini pour eux. On les lâche dans la vie. Leur science va servir. Ils vont, comme des hommes, essayer sur leurs adversaires les recettes de leurs calculs. Drôle de collège, d'où l'on s'en va chacun son tour.
cadence n°3
n° 2
n° 1
n° 1
n° 1
n° 1
n°3
n° 2
86 caractères
58
26
29
25
23
88
52
18 mots
13
6
7
7
5
17
15
23 syllabes
18
7
8
7
6
23
14

50
51
52
53
54
55
56
Et sans grands adieux. Ces deux camarades-là ne nous ont même pas regardés. Cependant les hasards de la vie, peut- être bien, les emporteront plus loin qu'en Chine. Tellement plus loin ! Quand la vie, après le collège, disperse les hommes, peuvent-ils jurer de se revoir ? Nous courbons la tête, nous autres qui vivons encore dans la chaude paix de la couveuse. - Écoute, Dutertre, ce soir.
n° 1
n° 2
n° 3
n° 1
n° 3
n° 3
n° 1
22
52
87
21
85
88
28
5
12
19
4
20
18
8
5
16
22
5
25
24
8
 J. Tableau sur la disposition en continuité et cadence des phrases pour Pilote de guerre  


 .5.  application d’un nuage de bulles aux mots-outils dans Le Petit Prince

Le principe de cette étude est semblable aux précédentes, les données représentées ne sont plus les phrases mais les formes, et les mouvements n’emploient pas la longueur en caractère, mais l'écart de mots entre chaque forme. Celles choisies « je » et « et » sont non homographes et sémantiquement stables, par conséquent exploitables sans ajustements morphosyntaxiques et interprétables sans retours constants sur le papier, la seule modification au texte initial étant le découpage en mots.

Dans le chapitre I du Petit Prince, chaque apparition d’une forme correspond à une bulle. Plus les bulles sont basses, plus les formes sont rapprochées. Il apparaît ainsi que « et » est rare puis groupé puis presque absent. Les « je » sont épars puis plus nombreux et donc groupés. Ces mouvements liés au sens de chaque mot sont des indices.

Le groupement des conjonctions s’avérerait une énumération, à l’aspect d’une transition puisqu’il se situe en milieu de chapitre et la concentration des pronoms marquerait une présence plus forte d’un énonciateur. L’on peut brièvement en déduire que le chapitre se découpe en deux parties à peu près égales, lequel se trouve en effet correspondre à deux époques du narrateur, l’enfant et l’adulte.



     K. Graphique sur les mots-outils dans Le Petit Prince     

 .6.  conclusion

En poursuivant l'assortiment de formes, en notant les longueurs, les transitions, les ponctuations etc. les indices pourraient s’accumuler et être révélateurs à hauteur de leur quantité et de la pertinence des associations effectuées. L’exploration d’autres extraits, à l’aide de cette méthodologie graphique élémentaire, dégagerait tout un outillage de mise à jour et d’interprétation des structures du texte.

Les applications peuvent en être l'illustration d'oeuvres, pour par exemple les temps de conjugaisons, dessinant un aspect de la narration, ou bien les verbes modaux, permettant un point de vue synthétique sur un fonctionnement argumentatif, et conférant en un second temps un éclairage pragmatique dans le cadre d'une traduction par ordinateur ; la recherche sur l'ambiguïté, en pointant les concentrations et la répartition des combinaisons complexes dans un corpus ; enfin, l'aspect visuel et inachevé du texte représenté offre à notre discernement de débusquer des pistes, de la même façon qu'une analyse lexicométrique révèle des configurations invisibles à l'échelle de la lecture linéaire, apportant quelques perspectives aux moteurs de recherche dans leur dimension graphique, donnant un aspect véritablement topologique à la requête.

Au delà de la question du découpage des phrases, des moyens de recoupement des formes et d’une herméneutique de leurs mouvements, qui est un type parmi d'autres de représentation de données textuelles par des diagrammes, l'étude rappelle que le sens contenu dans un texte structure certaines de ses formes de manière non seulement cohérente mais formelle.

C’est-à-dire, à l’échelle de la page, une logique propre au texte et perceptible comme telle, mais qui plus est, laissant des traces statistiques, susceptibles de faire l’objet de procédures. Ce fonctionnement peut donc être codé, afin de considérer que la multiplicité de ces indices quantifiés charge de repères pour l'ordinateur un texte initialement opaque. L'on peut s'engager dans une méthodologie d'appropriation du cotexte, dans sa dimension d'abord typographique, puis envisager le grammatical, et ébaucher la sémantique. Sa simplicité a aussi pour effet de ne pas charger des phénomènes déjà fort complexes en eux-mêmes, car liés aux problématiques enchevêtrées de la langue. Parmi les développements possibles, cette méthodologie s'est concrétisée en un travail d'étiquetage morphosyntaxique, (Comiti, 2003), retrouvant l'une des techniques de catégorisation, dite par règles, mais en contribuant à plus d'amplitude dans le compte-rendu du fonctionnement grammatical.


 .7.  une bibliographie indicative sur le longueur des phrases

      ABDOU Andrée, Étude distributionnelle et stylistique des longueurs de phrases dans "À l'ombre des jeunes filles en fleurs" de Marcel Proust. 1992, Paris 3, Thèse effectuée sous la direction de Jean Milly.
      BRUNET Etienne, "La phrase de Proust. Longueur et rythme", Travaux du Cercle de linguistique de Nice, n° 3, 1981, pp. 97-117
      BUFFARD MORET MEUNIER, Brigitte, La structure phrastique dans l'oeuvre romanesque de Julien Gracq. Université de Paris 4, 1992, Thèse effectuée sous la direction d'Hervé Bechade.
      GEISSERT Sabine, Étude statistique et stylistique de la longueur des phrases dans "Le côté de guermantes.". Université de Paris 3, 1993, Thèse effectuée sous la direction de Jean Milly.
      KANG Yi Yon, La phrase d'André Gide dans les Faux-monnayeurs. Étude stylistique. Paris 4, 1993, Thèse effectuée sous la direction de Jacques Rougeot.
      MUKDAPRAKORN CHARNSETHIKUL Malee, Étude stylistique des longueurs de phrases dans "Un amour de Swann" et "noms de pays : le nom" de Marcel Proust. Université de Paris 3, 1987, Thèse effectuée sous la direction de Jean Milly.


     La lexicométrie , ou statistique lexicale, pour l’oeuvre d’Antoine de Saint Exupéry

     La page d’accueil
     Le sommaire des pages

     L'article aux JADT 2006 de Besançon au format :
        .pdf  Acrobat Reader
        .odt  Open Office
        .doc  Microsoft Word
     Rédaction : 01.07.2005      Publication : 01.04.2006
      http://cadrat.saynete.net2003 - 2018

       Site       motte 0.5