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     une proximité de disciplines      §I.2. 
Un état de l’art du T.A.L., critiquant ses prémisses, et pariant sur son développement en le resituant. Mathématique et logique auraient occupé une place prépondérante dans le développement de l’ingénierie linguistique, au détriment d’approches complémentaires

 .1.      I.2.  proximité de disciplines

Une majorité des articles traitant de linguistique générale ou de grammaire font, naturellement, référence à la littérature et aux langues. Et cette dimension a pour effet de ramener le sujet de l’article à une autre dimension, d’établir un lien avec la culture. Qu’il soit promenade dans les dédales de l’étymologie, appel à sauver les langues oubliées, distinguo de l’inné et de l’acquis ou révélation des mystères du « je », chacun emprunte tout un univers social et psychologique propre à éveiller l’imagination, en plus de la connaissance. Dans la masse des articles consultés ou parcourus, notamment sur internet, en anglais et en français, beaucoup de travaux en T.A.L. ne possèdent guère cette dimension : les références sonnent creux et les graphiques sont ternes. Il peut sembler saugrenu de parler d’esthétique pour l’abscisse et l’ordonnée, inapproprié d’exiger des énoncés littéraires, mais cette absence révèle à quel point la discipline est éloignée de deux aspects qui constituent pourtant son objet, et nous allons citer les interfaces graphiques d’investigation de corpus pour l’esthétique et la question de l’intérêt de la traduction d’une langue pour la littérature.

Dès lors qu’un littéraire se penche sur le T.A.L., ou sur son application professionnelle, l'ingénierie linguistique, s’en dégage la charge terminologique, la grande sobriété, puis ce qui semble une logique circulaire, une absence d’extension ; paradoxal pour une fonction transversale par définition. Les sujets, entraînés ou pas dans le canevas cognitif, semblent s’inscrire dans un courant théorique et beaucoup d’articles finissent par être un ajout visant à l’enrichir, et moins une étape qui présenterait une application aboutie, aussi élémentaire soit-elle, ou une ressource profitable, qu’il s’agisse d’un simple lexique ou du prolongement d’un corpus, et cela même dans les travaux sémantiques en intelligence artificielle, comptant un : « nombre réduit d’applications dans les domaines de la gestion des connaissances, des moteurs de recherche s’appuyant sur des ontologies, de la génération de langues naturelles [...] » (Gómez-Pérez, 1999 : 18).

La critique ne prétendrait pas porter sur un manque de rigueur, un déni de résultats, mais sur une certaine aridité, pas sur la dépendance à un cadre théorique mais sur un déficit de finalité. En témoigne une autre application du T.A.L., l’Enseignement des Langues Assisté par Ordinateur, domaine riche en perspective, créneau important des logiciels éducatifs, passage assez évident avant la traduction ou la sémantique, mais éveillant apparemment peu d’intérêt, d’autant que les connexions n’ont semble-t-il jamais été effectuées : « [...] force est de constater que, le plus souvent, informaticiens et didacticiens des langues n’admettent pas la même acception du terme « langue ». » (Antoniadis, 2004 : 1).

L’imagination n’est pas pour autant bannie de la discipline. Le langage à portée de l’ordinateur fait rêver, en songeant à toute la littérature de science-fiction autour des alter ego électroniques. Elle va encore plus loin et se retrouve enraciné à un célèbre postulat, le test de Turing, présidant à l’intelligence artificielle, merveille d'anticipation, envisageant qu’un ordinateur puisse non seulement être intelligent mais aussi s’exprimer de manière tellement naturelle qu’il serait impossible d’en distinguer l’origine mécanique. Le défi de l’intelligence charriant implicitement un autre tout autant capital : le langage. Rien n’empêchait d'exposer dans les conversations imaginaires des échanges suffisamment pertinents mais dans une langue qui ne soit pas standard. Il eut été plus accessible dans ses propres objections de ne pas pousser jusqu'à « l'argument de la perception extra-sensorielle », (Turing, 1950 : 165) mais plutôt d'en rester à la langue, de puiser à la littérature, notamment celle naissante de la science-fiction, pour un jargon robotique pour une sorte d’énoncé canevas, ou un style télégraphique, justement anobli début XXème avec des phrases minima portées par le lexique, ou encore, de jouer sur les registres de langues avec une liberté de construction, cette fois jargon type extra-terrestre.

Le rôle essentiel, voire distinct, du langage apparaît avec les automates de dialogues, interrogeables en ligne sur la toile : les plus récents et les plus convaincants paraissent comme noyer les questions par d’autres ou s’efforcer de généraliser le propos. Sans doute les dérivations lexicales et les archivages de syntagmes types sont bien plus que le déploiement d’une rhétorique élémentaire ou une merveille de programmeur psychologue, mais ils ne manifestent pas plus de richesse dans l’armature des énoncés que de traces d’intelligence proprement dite. Cinquante ans après le test de Turing une interrogation finit par s’imposer : « Dans quelle mesure, face à la complexité du dialogue, la notion de DHM [dialogue homme-machine] constitue-t-elle un leurre ? » (Vivier, 2001 : 3).

Un certain modèle formaliste pourrait être à l’origine du décalage technologique image/langue aussi bien que de la pénurie en transdisciplinarité effective et des difficultés d’appréhension de l’objet langue. Malgré l’état des connaissances en neurologie et en psycholinguistique, un point de vue matérialiste se serait appliqué aux représentations de la pensée : « l’esprit humain est, pour Turing, une machine logique » (Lassègue, 2003 : 41) et donc les mathématiques serait la clef du psychisme : « il y avait [...] au début des années cinquante, [...] le concept « d’information » - qui [...] permettrait le développement d’une théorie mathématique solide et satisfaisante du comportement humain sur la base de la probabilité. » (Chomsky, 1968 : 20). L’idée que tout serait finalement modélisable semble persister, vision atomiste : « [...] la connaissance du langage doit se développer lentement, à travers la répétition et l’entraînement, son apparente complexité résultant de la prolifération d’éléments très simples plutôt que de principes plus profonds d’organisation mentale qui pourraient être aussi inaccessibles à l’introspection que les mécanismes de la digestion ou la coordination du mouvement. » (Chomsky, 1968 : 66). Le philosophe y verrait un prolongement du positivisme, le poète, l’ancestral conflit du logos et du mythos, le littéraire, une imprégnation du mythe de l’androïde, et le linguiste, une conception exagérément mécanique du fonctionnement de la pensée, où la métaphore de la digestion aussi appuyée qu’elle soit, se voit tout de même reprise en contre-argument : « Un ordinateur est entièrement défini par son aspect computationnal. Le cerveau, lui, ressemble davantage à l’estomac : outre la manipulation de symboles, il cause des événements, en l’occurrence les pensées et les sentiments. » (Searle, 2000) et ramener la question à l’interaction et ainsi la diversité des facteurs définissant le langage.

Pour peu que l’hypothèse d’un déterminisme vaille la peine d’être approfondie, un panorama historique plus documenté expliquera si l’échec concours du manque de puissance des ordinateurs et des instruments de programmation avant l’avènement de la micro-informatique, ou de la conservation du canevas mathématique par la suite. Et ce dernier n’est pas sans rappeler une plus vaste question d’épistémologie, comme fait remarquer un généticien américain, à propos de déontologie : « Au cours du XXe siècle, un fossé s'est créé entre les sciences et les lettres. On ne considère généralement plus les sciences comme faisant partie du domaine culturel. » (Sulston, 2002 : 28-29) ou un linguiste : « en France, la séparation entre les lettres et les sciences a été et demeure plus sévère qu’ailleurs. » (Rastier, 2001 : 2). Le scission science / culture n’aurait donc pas été sans conséquence, culminant avec la défunte cybernétique, renaissance par les sciences cognitives, pour une union retrouvée désormais cruciale. Le débat des inclusions, la mise en place de vice-et-versa, de distinctions salutaires : « Sciences économiques, sociales et culturelles », « Arts des sciences », seraient à dépasser : « Si la science veut éviter d’être réduite à une « technoscience » purement instrumentale, elle n’a d’autre choix que de [...] se rapprocher des arts et lettres [...] » (Lévy-Leblond, 2001 : 121). La réalisation d’un rapprochement est dépendante des lieux où se conjuguent les deux dimensions.

Loin de considérer une ambition à la baisse et parler de carence dans les fondations plutôt que d’espace à aménager, le seuil de l’association informatique/linguistique étant tout de même largement franchi, l’on peut avancer que les progrès à venir seront la conséquence d’un enrichissement des ressources plutôt que des théories les exploitant. Ce qui est précisément une problématique de cette discipline carrefour entre la linguistique et son ingénierie, prisme du social et prolongement de la culture : « La lexicologie ne manque pas de besogne. Du programme de mémoires et de thèses dressé par G. Matoré en 1953, presque rien n’a été accompli. » (Eluerd, 2000 : 124).

Le T.A.L., aimanté par un type de recherche fondamentale, aurait oublié ses sources, aurait été exploré par le haut. Inversement de priorités, les catégorisations lexicales ont éveillé plus de passions que les catégorisations grammaticales.



 .2.    bibliographie

     ANTONIADIS Georges, ECHINARD S., KRAIF O., LEBARBÉ T., PONTON T., Modelisation de l’intégration de ressources TAL pour l’apprentissage des langues : la plateforme MIRTO, journée d'étude de l'ATALA à Grenoble le 22 octobre 2004, 8 p.
         CHOMSKY Noam, Le langage et la pensée, 1968, Petite bibliothèque Payot, 2001, 220 p.
     ELUERD Roland, La lexicologie, PUF, coll. Que sais-je ?, n°3548, 2000, 127 p.
     LASSÈGUE Jean, Turing, Les belles lettres, 2003, 210 p.
     LÉVY-LEBLOND Jean-Marc, Dictionnaire culturel des sciences, Seuil, Regard, 2001.
     GÓMEZ-PÉREZ Asución, « Développements récents en matière de conception, de maintenance et d'utilisation des ontologies » in Terminologie et intelligence artificielle, actes du colloque de Nantes, 10-11 mai 1999, pp.9-21.
     RASTIER François, Arts et sciences du texte, PUF, 2001, 303 p.
     SEARLE John, « Langage, conscience, rationalité : une philosophie naturelle, entretien avec John SEARLE », Le Débat, mars 2000, No 109.
     SULSTON John , « Histoire d'une aventure scientifique et politique, le génome humain sauvé de la spéculation », Le monde diplomatique, décembre 2002.
     TURING Alan, La machine de Turing, trad. de « les ordinateurs et l’intelligence », 1950, par Julien Basch et Patrice Blanchard, Source du savoir Seuil, 1995, 175 p.
     VIVIER Jean, « Préface : La psycholinguistique au secours de l'informatique », décembre 2001, revue Langages, n°144, 127 p.


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     Rédaction : 01.04.2004      Publication : 01.06.2007
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